Adieu

Adieu !

Adieu !

Elle est … était comme moi.

Au premier abord, je ne l’ai pas aimé.

Trop fine, trop masculine,

Elle ne prenait pas assez de place.

Et puis je l’ai entendu,

Bon sang ça ronflait, ça pétait,

Ça grognait, on l’entendait à six lieu à la ronde.

Il l’avait essayé en me disant : on la prend ?

Un peu sous la contrainte, j’avais dit oui.

Lui l’aimait et la chevauchait.

Moi, pas encore, il en a fallu des heures de souffrance,

Des heures à recommencer encore et toujours pour apprendre.

Apprendre à ne pas tomber, à se relever,

Apprendre à tourner, à freiner, à s’arrêter.

Et puis un jour, malgré mon âge avancé,

Malgré le fait que je sois une femme,

Malgré le fait que j’en ai bavé,

Malgré les trop nombreuses heures,

J’ai tout passé et tout eu du premier coup.

Alors, ce soir là, je me suis équipée,

Et je suis partie avec elle pour faire connaissance,

Cette sensation, ses vibrations, ce son.

Et puis, je l’ai enfin regardé,

Elle me ressemblait tant en fait.

Pas neuve, déjà un peu d’âge,

Ses courbes fines par endroit,

Mais cette puissance qui était là bien caché.

De fines rayures, des bosses,

Ressemblant à mes cicatrices et mes coups,

Nous étions faites pour rouler ensemble.

Un jour, la vie me l’a ôté sans que je ne demande rien,

Sans que je donne mon accord à cette séparation.

Aujourd’hui, je n’arrive toujours pas faire ce deuil.

Elle me manque comme une amie,

Dont on n’a pas assez profité pendant qu’elle était là.

J’ai souhaité à cet autre qui l’a chevauché de prendre du plaisir,

Mais c’était sans compter sur ma Guardian Bell.

Je la sais aujourd’hui, sombré au fond d’un quelconque lac,

Et ma peine en est plus grande.

Parce que parfois l’espoir était encore là,

Maintenant, il ne me reste rien d’elle,

Quelques photos et des souvenirs.

Je regarde les autres mais aucune qui ne lui arrive à la cheville.

Et ce son que jamais je ne retrouverai !

Je ne roule plus, je me contente de marcher avec mon blouson.

Peut-être un jour, lorsque mon coeur aura cicatrisé totalement,

Une autre entrera dans ma vie.

Alors, Adieu ma belle !

Jâm – février 2019