Je n'ai pas la langue dans ma poche

Je n’ai pas la langue dans ma poche

Je n’ai pas la langue dans ma poche, évidemment puisqu’elle est dans ma bouche. 

Alors pourquoi ai-je un doute soudain ? Discrètement, je glisse ma main dans ma poche … point de langue. Ouf, tant mieux, j’aurais été bien en peine de l’y découvrir, qu’en aurais-je fait en effet ? 

Me moucher ? Non, ce n’est pas son utilité. 

Essuyer mes lunettes ? Quelle drôle d’idée, elles seraient toutes mouillées.

La glisser dans la serrure de ma porte d’entrée ? Mais non, ce n’est pas une clé.

Je cherche un peu, la mémoire me revient. Ma langue n’est pas dans ma poche mais bien dans ma bouche. Elle y est même solidement attachée afin que je ne la perde pas. Et heureusement car je suis tête en l’air. Et il m’arrive de la perdre. De quoi ? Et bien ma tête.

Alors je la cherche partout en ayant peur de ne jamais la retrouver. Je suis obligée de m’arrêter un instant, je fronce les sourcils tout en me grattant la tête :

« Mais où ai-je bien pu mettre ma tête ?! » 

Et me voilà à chercher sous mon lit, dans mon tiroir à chaussettes, dans mon boitier à lunettes. 

Et puis une illumination, un miracle lorsque je passe devant le miroir. Je m’arrête, je recule et me place bien en face. 

« La voilà, je l’ai retrouvé, elle est dans le miroir !!! ». C’est alors qu’en me frottant les yeux pour être sûre de ne pas rêver, je m’aperçois qu’elle ne m’a jamais quitté et qu’elle est solidement fixée à mon cou.

Exactement comme pour ma langue qui est attachée dans ma bouche. Alors même si je le voulais, je ne pourrai pas mettre ma langue dans ma poche. 

Et puis, elle me sert tant là où elle est : 

Je parle, je mange, je déguste, je découvre des goûts, des saveurs. Je lèche ma glace aussi, je siffle, je chante, je la tire aux passants pour les faire rire, j’essaie de toucher mon nez, je la tourne sept fois dans ma bouche avant de parler, je me fais des guilis sur le palais, je la passe sur mes dents, je lèche mes lèvres lorsqu’elles sont trop sèches, … le soir, elle se colle à mon palais afin de prendre du repos.

Elle a sa raison d’être tout comme les autres organes qui composent mon corps d’être humain.

Jâm – Mai 2019